Le gothique mexicain

Même en se limitant au cinéma, le lien entre l’Amérique latine et le genre gothique n’est pas évident. Et pourtant en 1957 — la même année que la Hammer Film — la compagnie mexicaine Cinematográfica ABSA se lance dans la résurrection des « monstres » popularisés par l’Universal (vampires, savants fous, momies — aztèque bien sûr —, etc.). Elle ne rencontrera pas le même succès que son équivalent britannique, pour des raisons évidentes : des films tournés en noir et blanc, avec des moyens trop modestes, et un certain dilettantisme. Malgré ces points faibles, la quantité des productions et les qualités fortement gothiques de certaines scènes (les décors, la superbe photographie claire-obscure) commandaient qu’une page soit dédiée au gothique mexicain. Notons encore que des similitudes s’observent entre ce cinéma latino-américain et son semblable espagnol. Outre la langue, on retrouve une certaine indifférence à la vraisemblance, parfois charmante, mais souvent digne de la série « Z ».

• En 1957, avant même le premier Dracula de la Hammer, Fernando Méndez (1908-1966) réalise Les proies du vampire (El vampiro). Même si ses voûtes ne sont pas en arcs brisés, l’hacienda en ruine, isolée au centre d’une forêt des plus lugubres où ère de nuit l’envoûtante dame en noir, mérite d’être qualifiée de gothique. L’enterrement de nuit, dans la crypte du cimetière perdu dans la brume, complète le diptyque que l’on retrouvera quatre ans plus tard dans Le masque du démon de Mario Bava, cette fois dans un contexte franchement médiéval.

   

• L’année suivante, Les proies du vampire fait l’objet d’une suite intitulée Le retour du vampire (El ataúd del Vampiro). Hormis la scène de prégénérique, l’environnement gothique y est malheureusement abandonné. Il y a bien un musée de cire qui fait toujours son effet, mais la modicité du budget ne permet plus rien d’intéressant.

   

• Film de série « Z » réalisé en 1960 par Chano Urueta (1904-1979), Le miroir de la sorcière (El Espejo de la bruja) doit ses qualités gothiques aux sortilèges d’une sorcière évoluant dans une demeure de style médiévale. Pour le reste, les auteurs ont largement puisé dans Les yeux sans visage (1960), et Les mains d’Orlac (Mad love, 1935). Si l’histoire est absurde, la belle photographie noir et blanc apporte à ce film une atmosphère captivante.

   

• Malgré un jeu d’acteurs des années 1920, Le monde des vampires (El mundo de los vampiros) reste un film prenant par la qualité de ses décors et des éclairages qui les mettent en valeur. Réalisé en 1961 par Alfonso Corona Blake (1919–1999), ce film apporte quelques belles impressions gothiques « traditionnelles » (le dédale poussiéreux de l’ancienne demeure ; la jeune fille captive dans les sous-sols, terrifiée par la découverte d’un squelette derrière un rideau, etc.). À noter la horde de goules aux faciès embaumés entourant le maître des vampires, une idée qui sera mieux exploitée dans La légende des sept vampires d’or.

   

[…]

Le baron de la terreur (El barón del terror) de Chano Urueta (1962 ou 1961 ?).
Les larmes de la sorcière (La maldición de la Llorona) de Rafael Baledón (1963 ou 1961 ?).

Santo vs the vampire women (Santo vs. las mujeres vampiro) de Alfonso Corona Blake (1962).
Santo et le trésor de Dracula (Santo en El tesoro de Drácula) de René Cardona (1969).
Santo & Blue Demon vs. Dracula & the Wolfman (Santo y Blue Demon vs Drácula y el Hombre Lobo) de Miguel M. Delgado (1973).

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