La Hammer Film et ses vampires

La série des films de vampires de la Hammer Film comprend quinze œuvres,
dont neuf Dracula.

•  Elle débute en 1958 avec Le cauchemar de Dracula (Dracula).
Dans ce superbe film réalisé par Terence Fisher (1904-1980), toutes les scènes se déroulant au château puis au cimetière baignent dans une atmosphère gothique.
À la 47e minute, commence la scène de la « libération » de Lucy. Elle se déroule de nuit, en forêt et dans le cimetière ancien. Ces vieilles pierres embrumées et éclairées à la lanterne dégagent une sublime ambiance gothique.

    

•  En 1960, le château du comte Dracula laisse la place à celui du Baron Meinster, dont l’architecture inquiétante domine cette région transylvanienne. Donc, pas de Dracula dans le mal nommé Les maîtresses de Dracula (Brides of Dracula), mais un édifice médiéval tout autant menaçant, surtout de nuit.

   

 •  C’est au tour du Dr Ravna de jouer les maîtres-vampires en 1963, dans Le baiser du vampire (Kiss of the vampire). Ce récit plus rationnel, moins onirique, contient tout de même quelques belles scènes gothiques valant le détour. Là encore l’imposante demeure du vampire, mais aussi le cimetière embrumé, ainsi qu’une traversée de forêt la nuit, restent les éléments gothiques centraux. Ce film a inspiré le parodique, mais néanmoins gothique, Bal des vampires (Dance of the vampires) réalisé en 1967.

   

 •  En 1966, Dracula Prince des ténèbres (Dracula Prince of darkness) met en scène le retour du Comte dans cette suite du tout premier film. Nous retrouvons ici les vues extérieures du château du Baiser du vampire (la Hammer Film fait des économies). Mais les décors intérieurs sont bien plus gothiques, plus sombres et médiévaux pour ce film voluptueusement lugubre, malgré l’absence du traditionnel cimetière ancien.

   

•  À part quelques concessions narratives à la modernité de l’époque, Dracula et les femmes (Dracula has risen from the grave) reste une oeuvre puissamment gothique. Cette fois, aucune vue intérieure du château, mais des extérieures impressionnants, tout en verticalité gothique. De belles scènes en forêt, traversée de nuit en corbillard, contrastent avec les plans sous-terrains, caves et tunnel. Ce film de 1968, à la photographie éblouissante, contient aussi de sublimes images des toits de la ville, plongés dans les lumières colorées de la nuit.

   

•  Ceux qui ont eu le courage de lire attentivement Les origines du « gothique » en littérature et au cinéma, savent l’importance de l’architecture dans les romans, puis les films gothiques. En plaçant la vieille église médiévale au centre de l’action, Une messe pour Dracula (Taste the blood of Dracula) illustre bien ce procédé. Ce film, réalisé en 1969, nous plonge de nuit en ces lieux inquiétants et macabres. Une grande réussite du gothique au cinéma.

   

•  Sorti en 1970, Les cicatrices de Dracula (Scars of Dracula) est admirable par la qualité de ses décors, faisant du château médiéval l’élément principal de cet épisode. Si les vues éloignées de l’édifice se limitent à des « matte shots », sa cour extérieure et les pièces intérieures sont magnifiquement reproduites. L’ambiance irréelle régnant dans ces vieilles pierres est appuyée par une brume rampante où se perdent les pas hésitants des victimes du Comte. La forêt sombre que doivent traverser nos héros, la nuit orageuse, ou encore la crypte lugubre et sans issue, complètent ce spectacle franchement gothique.

   

•  Toujours en 1970, The Vampire Lovers illustre bien le contexte et l’imagerie gothique anglaise des origines. L’action se situe au Royaume-Uni, au tournant du XIXe siècle, précisément à l’époque où la littérature gothique était à son apogée. Le film débute sur le contraste entre le château médiéval en ruine des Karnstein et la demeure de style classique du General von Spielsdorf (avec ses colonnes d’inspiration grecque). Il met donc en scène précisément cette opposition esthétique qui marqua la naissance du mouvement gothique.
On peut reconnaître, dans les superbes décors intérieurs du château, l’église infernale d’Une messe pour Dracula, modifiée pour l’occasion. En plus de la toujours saisissante traversée nocturne des bois, ce film fait usage d’un procédé malheureusement trop rare dans les séquences gothiques, et pourtant d’une redoutable efficacité : le ralenti. Les mouvements du spectre prennent ainsi une ampleur onirique hallucinante.

   

•  3e film de vampire tourné par la Hammer en 1970 (et 2e volet de la trilogie des Karnstein), on retrouve dans Lust for a vampire les superbes décors des précédentes réalisations. De nouveau, l’opposition esthétique entre le château gothique et l’école de jeunes filles, aux nombreuses références « classiques », est au centre du récit.
Ce film marque une baisse dans la qualité de la production. Certaines scènes relèvent de la série « Z ». Mais le visuel des séquences gothiques reste satisfaisant.

   

•  Comme son titre français ne l’indique pas, Les sévices de Dracula (Twins of evil) est le dernier volet de la trilogie des Karnstein. Réalisé en 1971, on y mesure le chemin parcouru depuis le premier film de vampire. La sobriété initiale a laissé place à un gothique plus flamboyant, presque exagéré, mais qui ne gâche rien à l’esprit du genre, au contraire. La splendide photographie offre à nos yeux émus de superbes sous-bois au clair de lune, un château aux dimensions de cathédrale, un sous-terrain et sa crypte on ne peut plus macabres, ou encore un spectre qui tient du cauchemar.

   

•  Du point de vue gothique, Dracula 1973 (Dracula AD 72), n’a d’intérêt que pour ses séquences dans la vieille église en ruine, hantée par la silhouette inquiétante du vampire. C’est peu de chose, mais elles sont à la hauteur des productions précédentes, et permet d’accorder à ce film une valeur gothique indéniable.

   

•  On ne peut nier les qualités gothiques du Cirque des vampires (Vampire circus), mais il faut les qualifier de « frénétiques », c’est-à-dire issues de cette veine plus horrifique initiée en 1796 par Le moine de Matthew Gregory Lewis (dont une version cinéma est sortie en 2011). Malgré la poésie sombre qui l’imprègne, cette réalisation de 1972 manque d’une certaine retenue, et marque surtout un recul dans l’importance accordée à l’architecture médiévale.

   

•  En 1972, La Hammer Film fait appel à Brian Clemens, génial auteur de séries télé (Chapeau melon et bottes de cuir, Amicalement votre, etc.), afin de donner un nouveau souffle à ses films de vampire. Captain Kronos vampire hunter ne sortira qu’en 1974, après l’Exorciste de William Friedkin (1973), un film réputé pour avoir contribué au déclin du cinéma gothique. Cela dit, la valeur gothique de Kronos est relative. Les décors voulus par Clemens évoquent plus les codes esthétiques des 60’s que ceux du moyen-âge. Et sa narration franchement décalée ne convient pas à l’esprit gothique. Mais l’omniprésence de la forêt inquiétante et mystérieuse préserve une touche pseudo-gothique à cette réalisation.

   

•  S’il ne faisait pas partie de cette série, Dracula vit toujours à Londres (The satanic rites of Dracula) n’aurait pas été cité dans ces pages. En effet, ce film réalisé en 1973 n’a quasiment rien de gothique. Seule la poursuite finale, de nuit dans le bois, et la « dissolution » du Prince des ténèbres, évoquent sa parenté avec ses prédécesseurs.
Bien que la collaboration entre Brian Clemens et la Hammer en soit restée au seul film précédent, l’esprit « Chapeau melon et bottes de cuir » (avec l’humour en moins) semble planer sur cette enquête policière mettant en prise Scottland Yard avec des hommes d’influences impliqués dans de curieuses pratiques sataniques. Le satanisme peut être un thème gothique, à condition qu’il s’exerce dans un contexte médiéval. Or rien de moyenâgeux dans cette histoire qui, au contraire, nous montre un Dracula obligé d’utilisé les moyens de la science moderne pour imposer sa domination. Passons au suivant !

     

•  Le gothique est heureusement de retour dans cette coproduction sino-britannique de 1974 : La légende des sept vampires d’or (Legende of the 7 golden vampires). Un gothique luxuriant et coloré, fruit du mariage entre l’Asie ancestrale et l’Europe médiévale. Une union pas si contre nature si l’on se souvient que, dans l’Angleterre du milieu du XVIIIe siècle, le goût pour la décoration moyenâgeuse avait cohabité avec celui pour l’ornementation orientale.
La touche gothique reste tout de même sommaire dans cet achèvement de la série. Elle se retrouve surtout au début, dans la crypte de Dracula, puis aux abords de l’inquiétante pagode de Kah, mais aussi dans l’apparition de morts-vivants très inspirés par le récent succès en salle de La révolte des morts-vivants (La noche del terror ciego, 1972) de Amando DeOssorio. On retrouve les « zombies momifiés », et leurs Chevauchées filmées au ralenti, non plus dans les très gothiques cathédrales espagnoles en ruines, mais aux abords du temple chinois usurpé par Dracula.

   

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